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par Philippe de Clerville, Président du Groupe H3O
Propos recueillis par Philippe Le Boulanger, rue Premion
 
Un mot vide de sens. Il suffit d’échanger, avec qui que ce soit, sur le thème de l’entreprise pour s’apercevoir que le mot (de)  « management » ne recouvre pas grand chose de précis. Il n’y a aucune notion juste et unanimement partagée derrière ce terme.

 

Le manager simple intendant ?

L’étymologie est redoutable en la matière :(,qui dit que) le manager est celui qui est responsable d’une organisation sans en être propriétaire. La définition du dictionnaire va dans le même sens : elle décrit le management comme l’ensemble de sciences et techniques de direction, d’organisation et de gestion. Le concept hyper-valorisé de management y perd beaucoup de vernis. En résumé, le manager est le technicien qui sait comment gérer pour atteindre un objectif. Autrefois, on aurait parlé d’un intendant… Et ne nous trompons pas : si certains se gargarisent de l’acception anglo-saxonne du terme de manager, son contenu reste très flou. Il ne s’agit que d’un code pour dire qu’on est chef !

 

Pilotage et responsabilité

Plus profondément, il me semble que l’à peu-près du mot (de)  « manager » évite de traiter une réalité. Derrière la direction de l’entreprise, il n’y a pas que l’enjeu du pilotage, il y a celui de la responsabilité. Un entrepreneur qui crée une organisation qui fabrique des produits ou des services, et le « manager » à qui on confie la même mission, a aussi et surtout la responsabilité des gens qu’il entraîne dans cette aventure. Les dirigeants d’aujourd’hui ne le nieront pas, relevant au quotidien le défi de préserver l’emploi et de plus en plus l’employabilité dans leurs équipes, face aux à-coups des marchés. Le métier de manager n’est pas que technique, il est beaucoup dans l’humain.

 

Qui croit à la toute puissance du manager ?

Cette notion de responsabilité est bousculée dans le monde d’aujourd’hui, notamment par les nouvelles générations qui ne sont pas bernées par l’illusion de la toute puissance et du savoir universel de leur manager. C’est d’ailleurs un fait majeur que la notion de RSE, où le mot responsabilité est fort, ou encore celle de développement durable, soient si naturellement adoptées par les jeunes. Prenons le pari d’analyser cette réalité nouvelle d’une attente forte de valeurs, de sens… sans nous réfugier derrière les mythes de l’efficacité de l’entreprise « à la française » et de l’excellence nos fameuses grandes écoles…

 

La décision, un processus collaboratif

Le top-down de nos organisations, et nos lignes hiérarchiques traditionnelles, ne conviennent pas aux jeunes générations. Les trentenaires baignent dans un tel flux  d’informations et de données, résumé par la révolution numérique et Internet, qu’ils n’acceptent pas sans broncher des ordres qui tombent d’en haut. Ils ne croient pas à la compétence a priori de quelques personnes qui prendraient dans un splendide isolement la bonne décision. La décision, au sein d’une entreprise, devient aujourd’hui le fruit d’un processus transverse et collaboratif, fait de consultation de l’ensemble des expertises disponibles dans l’entreprise, et en relation permanente avec le monde.

 

L’entreprise accueillante des jeunes

Il me semble urgent que l’entreprise française prenne en compte cette nouvelle réalité, et le bousculement qui en découle. Preuve en est que nos jeunes souhaitent partir travailler en Grande-Bretagne ou en Allemagne : ils imaginent – à tort ou à raison, ce n’est pas ici la question – que les modes de fonctionnement de l’entreprise y sont plus ouverts, moins formalistes, plus collaboratifs, et donc plus aptes à intégrer leurs compétences. Encore une fois, le pragmatisme anglo-saxon va plus vite que nous.

 

Renouvelons – vite –  le mode de direction de nos entreprises

Arrêtons de parler de management, et engageons enfin le renouvellement du mode de direction de nos entreprises. Sans défaitisme. À l’instar d’un Jeremy Rifkin qui pense que la France figure parmi les pays les plus avancés de la « 3e révolution industrielle », nous avons encore des atouts. Mais il nous faut bouger, et vite. Le risque de clash entre nos vieilles élites et les jeunes générations est réel. Prenons garde de ne pas nous réveiller trop tard…